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Rénecciao - 3

 

Reneccio

Episode N° 3

 

La Solitude

 

Et bien, c’est bien intéressant tout ça, que de questionnements, je n’aurais jamais imaginé que le silence, l’isolement ou plutôt le fait de vivre totalement seule dans un endroit isolé me fasse cet effet.

J’aime comprendre ce qui se passe en moi, pourquoi ma circulation énergétique peut être aussi perturbée par ce choix.

Ces questions sont capitales et finalement après de longues méditations j’en suis venue à quelques réponses qui la rétablissent harmonieusement pour ma plus grande joie :

  • Ce que je veux vraiment ?
  • Suis-je capable de vivre cette solitude ? Sur un long terme ?
  • Me sera-t’elle insupportable et me condamnera-t’elle à retourner dans la vallée ?

Aujourd’hui je pense pouvoir répondre :

  • Ce que je veux vraiment ?

Je répondrai que la question ne se pose même pas. Dès la rencontre avec cette maison ce fut un enchaînement de circonstances des plus faciles et positifs. Nous sommes tombées amoureuses l’une de l’autre, un amour inexplicable. Et je pèse mes mots.

Nous ne pouvons pas vivre l’une sans l’autre. De partir me peine trois jours avant. Au début les larmes coulaient malgré moi, je ne pouvais prononcer un mots avant une quarantaine de kilomètres. 

Ce n’était même pas la peur de ne plus pouvoir revenir, qui me peinait comme ça, juste l’obligation de partir.

Au fil du temps la certitude de revenir dans la même semaine a atténué cette tristesse et les larmes ont cessé, mais j’ai toujours un pincement quand je dois descendre dans la vallée.

Je dors mal, je suis agitée, je n’ai pas envie de parler, ni de rire, de sourire.

Aujourd’hui je puis affirmer que faire le test de vivre à Rénécciao en permanence, c’est ce que je veux vraiment !

  • Suis-je capable de vivre cette solitude ?

Et bien en fait, je pense que nous ne le sommes jamais vraiment. La solitude est un état d’être que ma maman dans sa maladie d’Alzheimer m’a fait comprendre.

Nous avions beau avec mes soeurs nous arranger pour qu’elle aie constamment de la visite. Pourtant l’une venait de partir, maman nous soutenait qu’elle n’avait vu personnes depuis des semaines.

Elle se plaint constamment de cette solitude, même en maison de retraite ou elle n’est jamais vraiment seule. Elle me dit encore en souffrir. Sa peur d’être seule l’enferme dans un cercle vicieux, maintenant je le crains à son âge, irréversible.

Ici dans la montagne le temps passe vite, entre le bois pour le chauffage à aller chercher dans la forêt, à rentrer, à couper, l’eau à aller chercher à la source. Les travaux du bas n'étant pas terminés et le fait que lorsque l’on vit dans la montagne, c’est salissant. Le ménage bien que sommaire est à faire régulièrement.

Le linge (le petit) à laver, certes je pourrai faire un sac de linge sale et l’emmener lorsque je descends dans la vallée, mais j’aime la propreté de celui lavé à la main.

Toute ma vie j’ai pensé que le linge était mieux lavé dans une machine qu’à la main. Je plaignais ma pauvre mère qui devait laver le linge de 7 personnes : 5 enfants, le sien et celui de son mari, qui soit dit en en passant, avait à l’époque un travail salissant.

Elle avait pourtant été à bonne école. Ma grand-mère maternelle était lavandière et à l’époque c’était au lavoir du village qu’on lavait le linge.

Quel bonheur pour elle le jour ou mon père a enfin accepté cet achat.

Et puis j’ai vu un reportage sur le Portugal, certaines femmes continuent, malgré la technologie d’aujourd’hui, d'aller laver leur linge au lavoir, elles y tiennent et ne veulent rien changer ⁉️

 

Le reporter à eu la bonne idée de leur demander : « Pourquoi  ? »

Et toutes sans exception de répondre : Mais parce-que le linge est bien plus propre, il sens bon le savon et s'il a séché au soleil c’est tellement agréable. Tu vois ces grosses taches, elles ne partent pas à la machine à laver ! La machine c’est bien pour le linge …. Pas sale, un peu de poussière, de transpiration, mais les grosses taches ne partent pas ! 

Alors là !

RÉ VÉ LA TION !

 

Les vilaines taches qui restent sur mes torchons pourraient disparaître ?

Vous savez ces torchons que l’on a utilisés en cuisine et que l’on n'ose plus utilisé parce qu’ils ont perdu leur blancheur initiale. J’en ai pleins des comme ça. Je les appelle les propres-sales ne sachant plus quoi en faire ils finissent en chiffons. Mais ça me fait beaucoup de chiffons d’autant que certains je les aimais bien car ils essuyaient bien.

Je vous saoule avec mon histoire de linge sale ? 

Oui je comprends.

Pour faire court, et bien, j’ai fait le test, et maintenant, j’emmène mes torchons propres-sales à Rénécciao et je fais mes lessives à la main. Rrésultat, ils sont blancs comme neufs et sentent le soleil.

Il y a bien d’autres linges du coup que je prends le temps et le soin de laver à la main, et vous savez quoi ?

Et bien j’éprouve non seulement du plaisir à les laver, mais encore plus à les porter !

C’est comme si, mes vêtements étaient plus... moi !

Plus de respect, plus d’attention. J’en prends bien plus soin ainsi et un sentiment nouveau s’est installé entre eux et moi. J’ai plus de plaisir à les porter, je m'y sens mieux dedans.

Cette solitude, je ne la sens pas beaucoup pour l’instant, mais dans l’idée, je ne pense pas que je suis seule. Je n’ai même pas envie d’écouter la radio, de la musique ou autre.

Je descends au village de temps en temps, je vais au marché faire des courses, Je parle à mon chat. J’irai quand l’hiver viendra rencontrer les voisins. Je ne l’ai pas encore fait. Enfin on a fait connaissance, mais pour l’instant nous en sommes là. 

Ressentir la solitude ici, s’apparenterait plus pour moi à ne rien avoir à faire. Ce serait plus s’ennuyer que se sentir seule, et ça c’est impossible, seule la routine constante éventuellement pourrait finir par m’ennuyer.

Ce qui aujourd’hui n’est pas le cas.

La question donc là aussi ne se pose plus.

 

  • Sur un long terme ?

Alors là, oui, pour reprendre ce que je disais au-dessus sur l'ennui de la routine, oui c’est une question à laquelle je ne peux aujourd’hui répondre.

Je compte sur le temps pour m’y aider.

Ou me sera t’elle insupportable et me condamnera à retourner dans la vallée ?

Rien, rien ne m’obligera à retourner vivre définitivement dans la vallée si je ne l’ai pas décidé !

Ici j’ai compris ce que le mot « Liberté » veut dire. Il suffit d’avoir ses deux pieds, ses deux jambes en bonne santé et la liberté est vôtre.

J’ai toujours et malgré fait bien des contres-indications , pensais, ce que je voulais, lorsque je sentais qu’il me fallait aller là ou là, bien-sûr que j’en parlais. 

J’avais besoin d’être rassurée, mes idées toujours très nombreuses et insistantes m’ont emmenée à l’autre bout du monde et dans la famille où je suis née, cela paraissait bien farfelu, inutile et dépensier. 

Mais je suis un peu « têtue » alors je me suis toujours écoutée et agis en fonction de mes ressentis.

Je ne le regrette pas, quand je vois le chemin parcouru, je sais que c’est ce que j’ai choisi. Certes je n’ai pas fait fortune, mais j’ai pu toujours aller là où je me sentais d’aller.

Aujourd’hui est-ce que ma vie va se finir ici ? Je ne le sais pas, mais ce que je sais, c’est que je dois passer par là.

J’ai pleins de choses à découvrir, un nouveau monde parallèle auquel je dois me préparer, une nouvelle façon de le partager. 

Je dois me forger un état d’être particulier pour une nouvelle façon de travailler, de soigner, de communiquer.

Pour répondre à la question, non rien ne me fera partir de Rénécciao si je ne l’ai pas décidé, il est une indispensable étape à ma vie.

C ‘est tellement intéressant, passionnant, même si je suis confrontée à des peurs, des questionnements, si parfois je doute, recule, je finis toujours par faire, aller là où je sais que je dois aller, faire.

La maison se trouve dans la forêt mais aussi dans un parc à vaches. Un barbelé me sépare de ces impressionnantes bêtes et tant mieux car une fois, nous avions oublié de le fermer, tout les iris fraîchement repiqués ont fait le plaisir de leurs papilles. 

De temps en temps un petit veau passe dessous, mais il ne s’aventure pas loin sans sa mère.

Du côté de la forêt, je sens, je sais que la porte d’entre les deux mondes est là, il m’est demandé de me préparer avant de pouvoir la passer.

Lors de mes précédents articles sur Phyléas, Indeugueus et le monde d’entre deux, ce sont eux qui se présentaient, ils venaient à moi ici dans ce monde là. 

Une fenêtre s’ouvrait et nous échangions.

Maintenant c’est un peu différent, c’est à moi de traverser, d’aller de l’autre côté. Je m’entraîne timidement. Il me faut m’habituer, me préparer et lorsque je serai opérationnelle, ce sera.

Ça ne saurait tarder je crois, ce qui me ramène à la première question : 

 

« Ce que je veux vraiment ? »

Vivre cette expérience sans hésitations aucunes !

 


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Commentaires: 1
  • #1

    Evelyne (dimanche, 13 septembre 2020 02:57)

    Oooh, le beau message! Lu à 2 h 22 du matin! Et non, vous ne nous saoulez pas avec l'histoire du linge. En vous lisant, c'est plein de souvenirs petite, où ma grand-mère maternelle lavait le linge sur la pierre devant la maison et l'odeur du propre et la blancheur des draps, des torchons, oui j'ai retrouvé tout ça intact. Et puis d'autres souvenirs aussi adolescente, où les stages de violoncelle l'été se passaient dans une maison au bout du monde dans le sud ouest et le bonheur le matin d'aller se laver à la rivière, le Viaur, moments magiques chaque matin différent!
    En vous lisant, je frissonnais de partout! Beau partage, plein de vie! MERCI!